Quant à "La Fontaine à Mulard" qui fut l'une des principales sources d'eau potable du voisinage, est-ce aussi un hasard, si l'ARBP a pu ouvrir son lieu d'accueil dans la rue même où elle jaillissait? Des siècles durant, cet espace est peu habité : constitué de prairies marécageuses et de bassins où l'eau se transforme en glace en hiver, l'une des principales activités y est celle des blanchisseuses qui sont nombreuses à venir affronter la rigueur d'une eau glacée, pour battre le linge en amont de cette rivière très tôt polluée en aval par l'utilisation qu'en font tanneurs et teinturiers.

Ce n'est qu'à partir du Second Empire, que débutent industrialisation et habitation dans ce coin de Paris, considéré longtemps comme l'un des plus misérables de la Capitale. A partir de la fin du XIXème siècle et du début du XXème, on peut constater une concentration de lotissements ouvriers, puis entre 1910 et 1930, s'élèvent des groupes de constructions d'habitations à bon marché. Cette urbanisation est due à la nécessité de loger les ouvriers des importantes usines rapidement installées dans les divers quartiers de l'arrondissement. Dans notre secteur, il s'agit essentiellement de petits ateliers de confection de chaussures,de carrosserie, papeterie, imprimerie etc.


la Fontaine à Mulard en 1876
(gravure de Lanson)

C'est dans la perspective de trouver du travail et de quoi se loger qu'arrive ici, par vagues successives, une nombreuse population provenant soit de province (en majorité, bretons et auvergnats) soit de l'étranger : notamment italiens, arméniens, polonais, portugais, et après la guerre, maghrébins puis plus récemment africains. Auparavant, au moment de la démolition des fortifications, c'étaient les chiffonniers, contraints d'abandonner leurs baraquements, qui étaient venus s'installer en "colonies" à l'emplacement devenu " rue de la Colonie " !