Est-ce un hasard s'il s'avère exister un curieux parallèle entre la vocation de l'ARBP qui fut celle de faire confluer vers elle les nombreuses associations environnantes et l'histoire du quartier où elle s'est implantée, histoire caractérisée par la multitude de sources et rivières qui s'y rencontrèrent.

Le "territoire" concerné par l'ARBP, avant son rattachement à Paris en 1860, dépendait du "petit Gentilly". Il est "grosso modo" compris entre le Boulevard Kellermann, les rues de l'Amiral Mouchez, de Tolbiac et l'Avenue d'Italie. Le souvenir de l'eau est ici évoqué en maints endroits par les mots inscrits sur les plaques de rues ou de places. Ce sont : les "peupliers" qui, de "poterne" à "rue" rappellent ces arbres qui bordaient la Bièvre zigzaguant alors de Moulins...(de la Pointe, des Prés) en Moulinet. " Rungis " évoque aujourd'hui la proximité du bel aqueduc construit au temps de Louis XIII.


Quant à "La Fontaine à Mulard" qui fut l'une des principales sources d'eau potable du voisinage, est-ce aussi un hasard, si l'ARBP a pu ouvrir son lieu d'accueil dans la rue même où elle jaillissait? Des siècles durant, cet espace est peu habité : constitué de prairies marécageuses et de bassins où l'eau se transforme en glace en hiver, l'une des principales activités y est celle des blanchisseuses qui sont nombreuses à venir affronter la rigueur d'une eau glacée, pour battre le linge en amont de cette rivière très tôt polluée en aval par l'utilisation qu'en font tanneurs et teinturiers.

Ce n'est qu'à partir du Second Empire, que débutent industrialisation et habitation dans ce coin de Paris, considéré longtemps comme l'un des plus misérables de la Capitale. A partir de la fin du XIXème siècle et du début du XXème, on peut constater une concentration de lotissements ouvriers, puis entre 1910 et 1930, s'élèvent des groupes de constructions d'habitations à bon marché. Cette urbanisation est due à la nécessité de loger les ouvriers des importantes usines rapidement installées dans les divers quartiers de l'arrondissement. Dans notre secteur, il s'agit essentiellement de petits ateliers de confection de chaussures,de carrosserie, papeterie, imprimerie etc.


la Fontaine à Mulard en 1876
(gravure de Lanson)

C'est dans la perspective de trouver du travail et de quoi se loger qu'arrive ici, par vagues successives, une nombreuse population provenant soit de province (en majorité, bretons et auvergnats) soit de l'étranger : notamment italiens, arméniens, polonais, portugais, et après la guerre, maghrébins puis plus récemment africains. Auparavant, au moment de la démolition des fortifications, c'étaient les chiffonniers, contraints d'abandonner leurs baraquements, qui étaient venus s'installer en "colonies" à l'emplacement devenu " rue de la Colonie " !




la rentrée scolaire de l'école Kuss
à l'Automne 1934
En 1912, est construite l'une des premières H.L.M de Paris dans ce qui n'est encore qu'une impasse donnant dans l'ancienne rue du Pot au Lait rebaptisée du nom d'un célèbre gastronome : Brillat Savarin. Avec l'installation ici de multiples familles nombreuses, la construction d'une école s'avère indispensable : elle est donc édifiée à proximité, rue Küss et les enfants peuvent y être accueillis dès la rentrée de 1934.On peut facilement imaginer combien les conditions de vie de cette population ouvrière sont difficiles et c'est sans doute la raison pour laquelle il existe peu d'endroits dans Paris qui aient suscit d'aussi nombreux mouvements de solidarité, d'oeuvres caritatives, tant religieuses que laïques.

C'est au milieu du XIXème siècle, la soeur Rosalie qui se dépense sans compter pour les habitants de l'arrondissement qu'elle appelle son "diocèse", l'édification, plus tard, sous l'impulsion de l'Armée du Salut de "la Cité du Refuge", la création en 1935, par Paulin Enfert de l'oeuvre de "La Mie de Pain" (à laquelle s'impliquèrent plusieurs éminentes personnalités dont Péguy) qui servait 200 000 rations entre novembre et Pâques en 1969. Auparavant, déjà, la Mairie du XIIIème s'avère pionnière en matière sociale : elle ouvre dès 1880 des cantines scolaires et deux tiers des portions sont gratuites en 1911.

Plus près de nous, les conditions de vie dans les grands ensembles restent extrêmement précaires et suscitent l'intervention de nombreuses associations comme l'attention des pouvoirs publics.C'est ainsi que la Cité Brillat Savarin a bénéficié en 1995 du statut d'ilôt sensible et qu'y sont toujours menées, parallèlement aux indispensables opérations de réhabilitation des locaux, de multiples actions socio-éducatives et d'intégration. Celles-ci sont prises en charge par les diverses associations qui se déploient dans tout le secteur et dont les activités concernent non seulement les jeunes mais aussi entre autres catégories d'habitants, celle des femmes. Ainsi, grâce à ces efforts conjugués, auxquels l'ARBP prend une large part, ce quartier est en passe de devenir progressivement l'un des plus conviviaux de l'arrondissement.



Et depuis 1995 que s'y passe-t-il? En 1995, en pleine "fracture sociale", la cité HLM Brillat- Fontaine à Mulard est alors officiellement déclarée zone sensible et bénéficie ainsi d'un Contrat de Ville. Il s'agit d'une convention passée entre la ville et l'Etat pour agir ensemble pour le bien des habitants. Malgré des débuts difficiles, des réunions sont organisées tous les deux mois à l'école Küss alors sous la direction de Jacques Trief. La première grande action développée fut la réhabilitation de la cité. Pendant deux ans, le Préfet Cadiot et Brigitte Mariani adjointe du Maire supervisent le travail consciencieux des associations et institutions. En juin 1997, Jacques Trief leur propose une action fédératrice: l'organisation d'une grande fête afin que s’écrive leur histoire commune. Il est missionné pour l'élaboration de cet évènement et reçoit un budget. Il lui faut donc créer une structure légale pour recevoir les subventions promises par la Ville et l'Etat. C'est ainsi que naît l'Association Rungis Brillat Peupliers sous l'égide de Jacques Trief, de Madame Lepetit et de Madame Kubler. Son objet est rédigé ainsi: "Fédérer tous les groupements, institutions et associations du XIIIème arrondissement de Paris en suscitant, développant et promouvant le civisme républicain entre les habitants des quartiers Rungis, Brillat et Peupliers." Le 17 mai 1998, la première Fête des Associations a lieu rue Küss avec la participation d’une quinzaine d’associations de Rungis, Brillat, Peupliers, et Kellermann. Et c'est parti!

C'est surtout parti pour une transformation de notre quartier qui en passant par l'extension des horaires de bus, la création de la TRAVERSE, le stationnement payant de la rue de la fontaine à mulard, le tramway et le combat pour rétablir la station manquante à la poterne des peupliers, verra sa capacité de se faire entendre ou pas au cours de l'avancement des travaux de la ZAC de la gare de Rungis. Cet ensemble de 3 hectares sera sa bulle d'oxygène ou son étouffoir! Si ces 3 ha se construisent en oubliant Rungis, Brillat, Peupliers, Mouchez, Loëb, Kellermann on sera passé à côté d'une chance inespérée. Pour Mieux Vivre Ensemble nous avons nécessairement besoin que le passage de Tolbiac à Kellermann se réalise à travers la ZAC et toutes les associations de nos quartiers, d'accord sur ce point, participent très activement aux réunions de pilotage organisées par la SEMAPA, qui les informent tous les trimestres de l'avancement des travaux. Jacques Trief a pu s'exprimer sur ce sujet en insistant sur ce lieu de convergences et du MIEUX VIVRE ENSEMBLE.



Au sud du 13e arrondissement, au bord de la petite ceinture sur l’ ancienne gare de marchandises qui s'étend sur près de 3 hectares un programme, défini à l'issue d'études préalables et d'une phase de concertation soutenue, se caractérise par la volonté d'associer des équipements publics à une grande mixité des fonctions envisagées sur ces terrains. Cet ambitieux projet a été présenté en Août 2005 à la Ville de Paris. La poursuite du dialogue avec les associations et les habitants du quartier doit permettre de les associer largement à la mise en oeuvre du projet.

Sont prévus :

  • Un jardin public de 5000m², sa forme répond à un principe d'ouverture sur le quartier formulé par les habitants
  • Une crèche de 60 berceaux et une halte-garderie (1500 m²)
  • Un EHPAD, associé à une plate forme d'accueil pour personnes dépendantes (6 500 m²)
  • 13 000 m² environ destinés à l'habitat dont des logements pour chercheurs et étudiants, des logements familiaux.
  • 19000 m² environ dédiés à l'emploi (bureaux, commerces, activités...) dont 1000 m² environ de commerces de proximité programmés en pied d'immeubles.
  • Et enfin un équipement de quartier qui serait mis à la disposition des habitants. Cet équipement de quartier sera un Centre social et socio culturel

S’il est vrai que l’ensemble du projet semble bouclé depuis 2005, il n’en reste pas moins que l’équipement de quartier est encore à l’étude et que ce projet que l’ARBP voudrait voir porter par les habitants (d’où l'enquête mis en oeuvre dans le projet PQDS) reste à imaginer et à construire.

PASTILLES PARIS CAP a entregistré un très joli petit reportage sur la place de Rungis